Théo / Synchro-X

Qui suis-je ?

Photographe reporter depuis près de trente ans, entre zones de conflit, territoires isolés et histoires plus intimes — toujours avec la même conviction : il faut regarder, et montrer.

Théo en reconnaissance aérienne à bord d'un hélicoptère survolant un territoire enneigé, casque radio sur les oreilles, photo noir et blanc
En reconnaissance aérienneBaie-James, Canada

Naissance d'un regard

Je suis né en 1971, en Charente. Rien, dans mon parcours, ne prédestinait un simple étudiant en philosophie de l'université de Poitiers à devenir photographe reporter... Encore moins en zone de guerre. Et pourtant !

C'est au fil des années, sur le terrain, que j'ai découvert que la philosophie et le photojournalisme posaient les mêmes questions, avec des outils différents. Comme par exemple : comment regarder le monde en face, sans détourner les yeux ni se mentir sur ce qu'on y voit. En fait, j'ai simplement échangé les livres contre un appareil photo, et je suis parti à la rencontre du monde... et de moi-même !

Sarajevo, 24 ans

C'est à Sarajevo, en 1995, que tout commence vraiment. J'ai 24 ans. La ville est assiégée depuis des mois, les snipers tiennent les avenues, et je découvre, au sens propre, ce que veut dire « sous les bombes ». Je reste plusieurs semaines en ex-Yougoslavie, entre les villes martyres de Sarajevo, Mostar et Tuzla.

Je n'ai rien d'un casse-cou. Ce qui me pousse à rester, ce n'est pas le goût du danger, c'est une forme d'urgence : il faut que quelqu'un montre. Cette conviction ne m'a jamais quitté, même si je me suis rendu compte, avec les années, que mes images avaient finalement bien peu d'influence sur le cours des choses...

Quinze ans sur les lignes de front

De Sarajevo, je ne suis vraiment jamais reparti. Pendant près de quinze ans, les zones de conflit sont devenues mon quotidien : l'Irak, le Pakistan, le Kosovo, le conflit israélo-palestinien, le coup d'État en République centrafricaine, les enfants soldats du Libéria, ou les incendies géants qui ravagent les parcs américains — une autre forme de guerre !

Théo, gilet orange et appareil photo, au milieu d'un groupe d'enfants dans une rue en pleine tension, Gaza
GazaConflit israélo-palestinien

Sur tous ces terrains, on apprend vite qu'il n'y a pas de « bonne distance ». On est toujours trop près ou trop loin — trop près du danger, ou trop loin de ce qu'on voudrait vraiment montrer. On apprend aussi, très vite, à qui faire confiance, et de qui se méfier...

Théo entouré de pompiers américains en tenue jaune, fumée d'incendie en arrière-plan, Californie
CalifornieIncendies géants

Les méga-incendies des parcs nationaux américains m'ont appris une autre guerre : celle contre le feu plutôt que contre un adversaire humain, mais avec la même adrénaline, la même fraternité de terrain avec ceux qui combattent.

Les grands espaces

À côté des zones de guerre, j'ai aussi eu la chance de découvrir des territoires plus calmes mais tout aussi exigeants : les mines clandestines de saphir d'Ilakaka, à Madagascar, les étendues sauvages et glacées des territoires indiens Cree et Inuit de la Baie-James, au nord du Canada, les espaces infinis et redoutables des déserts du Sinaï ou de Mauritanie. Des endroits implacables, mais qui vous rendent humble et vous font apprendre mille leçons chaque jour.

Ces reportages en hélicoptère ou en petit avion m'ont appris une autre patience : celle d'attendre le bon angle, la bonne lumière, en équilibre au-dessus de rien. Un vertige différent de celui des lignes de front, mais un vertige tout de même.

Le temps long

Entre deux départs à l'étranger, j'ai toujours gardé un pied dans un autre genre de reportage : celui du temps long, ici, en France. Pendant deux ans, j'ai suivi les équipes du SAMU et du SMUR dans une vingtaine de régions, Leica à la main, jour et nuit — un livre en est né, « 15 », publié aux éditions Arléa.

Sur le tarmacSAMU-SMUR, France

Il y a eu ensuite « Va Savoir ! », une année entière passée au lycée Marguerite de Valois d'Angoulême, puis une résidence photographique au collège Alfred Renoleau de Mansle, en 2024-2025.

« Va Savoir ! »Collège Alfred Renoleau, Mansle

Et « La balance, le glaive et les fourmis », deux ans passés au tribunal et en milieu carcéral avec le dessinateur Jean-Luc Loyer, publié chez Futuropolis.

Dans les couloirs du tribunal« La balance, le glaive et les fourmis »

Ces images ont voyagé dans la presse — Paris Match, VSD, Figaro Magazine, Stern, Corriere della Sera, le New York Times Magazine, Elle, Télérama — mais ce sont souvent les histoires les plus discrètes, celles qui ne font pas la une, qui m'ont le plus appris sur ce métier.

Aujourd'hui

En 2000, j'ai fondé Synchro-X, mon agence. Un an plus tôt, en 1999, j'avais co-fondé le festival de photoreportage BarrObjectif, en Charente. J'ai aussi longtemps enseigné le reportage, le documentaire et l'histoire du photojournalisme, dans plusieurs écoles de photographie, à Paris et en province.

Aujourd'hui, je continue de croire qu'on peut raconter le monde avec la même exigence, qu'on couvre une guerre à l'autre bout de la planète ou la vie d'un collège à quinze kilomètres de chez soi. C'est dans cet esprit que je prépare, pour juin 2027, la première édition du festival ELLES, consacré aux femmes photojournalistes.

Trente ans après Sarajevo, l'appareil photo est toujours la même arme — dérisoire, inutile ou redoutable. Des images justes, jamais juste des images : c'est toujours la même règle du jeu !

Aller plus loin